Les grandes décisions

Il a trois ans aujourd’hui je quittais un CDI. Je demandais à mon entreprise de me licencier. Ça a été l’une des premières grandes décisions de ma vie car jusque-là, j’évitais de faire des choix.

Les raisons

Beaucoup de personnes autour de moi n’ont pas compris. J’avais un salaire, des congés, de chouettes collègues. Mais j’avais aussi des horaires minables et surtout, une immense pression sociale. Je devais sourire, être agréable et aimable pendant 10 heures par jour face à des personnes qui, la plupart du temps, ne me disaient même pas bonjour. Je ne suis pas partie sur un coup de tête, je n’ai pas claqué la porte en partant. J’ai juste eu la présence d’esprit de me dire que je valais mieux que de m’ennuyer dans un supermarché et de craquer tous les soirs à cause des clients. Ce sentiment n’a pas duré.

Faire un choix c’est renoncer à quelque chose. Sur le coup, j’ai renoncé à une stabilité sociale et financière. Aujourd’hui, je peux finalement dire que j’ai renoncé à l’échec.

Les conséquences

Dans un premier temps, cette décision ne m’a amené que du négatif. Moi qui espérais reprendre des études, je me suis retrouvée pendant plus d’un an cloitrée dans mon appartement. Ayant perdue une sacré part de confiance en moi pendant mon job précédent, le cercle vicieux continuait alors que j’étais seule chez moi.

J’ai fini par avoir peur de l’extérieur. Aller à la boulangerie ou prendre les transports en commun étaient devenus des obstacles à franchir, je n’arrivais même pas à croiser le regard de quelqu’un d’autre. Je pleurais énormément, je ne croyais plus en rien. Je pensais que j’étais un boulet pour les gens qui m’entouraient, je n’arrivais pas à accepter leur aide et même à entendre que j’avais besoin d’aide. Tous les jours se ressemblaient, mon rythme de vie était totalement décalé : je vivais la nuit et je dormais le jour. De cette façon, j’atteignais mon but, j’avais l’impression de ne pas exister.

Le déclic

Et puis, comme tout a une fin, j’ai fini par ne plus pouvoir payer mon loyer. Deuxième décision : retrouver un job.

Première étape : Accepter l’échec. Chercher un nouvel emploi pour moi ce n’était pas juste refaire mon CV et le distribuer à droite et à gauche. J’ai d’abord dû accepter que mon objectif de reprise d’étude n’était pas atteint.

Ensuite, j’ai dû reprendre un minimum confiance en ce que je valais, c’est-à-dire faire taire la voix qui me répétait « de toutes façons, tu n’es qu’une merde, tu ne sais rien faire et tu ne sers à rien ».

Les deux premières étapes ont été réalisées grâce à un suivi psychologique. J’ai compris que quand on n’arrivait pas à s’en sortir seul, il fallait demander de l’aide. Et si l’on n’accepte pas l’aide des proches, il y a des professionnels qui sont là pour ça.

Une fois que j’ai réussi à me projeter dans une situation professionnelle, il a fallu en parler autour de moi. C’est bien beau de se dire qu’on a accepté l’échec, ce n’est pas concret tant qu’on ne l’a pas fait savoir au reste du monde.

Le renouveau

Alors j’ai parlé, on a voulu m’aider, on me faisait parvenir des offres. Et le moindre job alimentaire me paraissait insurmontable. Au bout de quelques mois, j’ai postulé à une offre de Service Civique. J’ai été acceptée. A partir de là, tout a été bénéfique. Malgré mon angoisse de devoir m’intégrer dans une agence de quarante personnes et d’assurer un job face à une population difficile avec souvent la barrière de la langue ou pire le désespoir ambiant, j’ai géré. J’ai géré la mission, j’ai géré les relations sociales, j’ai géré les relations tout court. Et puis j’ai rencontré des personnes. Je suis allée vers l’autre pour la première fois de ma vie. Chacun de mes collègues m’apportait quelque chose, et chacun m’a demandé ce que je faisais ici. Je me sentais à ma place, « plus bas » qu’eux qui avaient un vrai travail. Mais eux ne me voyaient pas à cette place-là.

Qui ne tente rien n’a rien

Alors j’ai commencé à repenser à une reprise d’étude. J’ai même fait mieux que d’y penser : j’en ai parlé. Entourée de professionnels de l’emploi et de la formation, j’ai eu l’opportunité d’intercepter un mail pour le lancement d’une formation. Je correspondais parfaitement au profil et le domaine d’étude me faisait rêver.

J’ai été encouragée à postuler, et la petite voix dans ma tête me disait désormais « peut-être que tu n’es pas douée, peut-être que tu es un boulet. Mais 1) si tu n’essaies pas, tu ne sauras pas. Et 2) si tu es réellement un boulet, il n’y a que toi qui peux changer les choses ».

Quand la roue tourne

J’ai eu la chance d’être acceptée dans cette formation qui visait un bac +3. Je reprends : j’ai eu le mérite d’être acceptée. Aujourd’hui, je comprends que tout ce qui m’arrive, ce n’est pas de la chance. J’ai travaillé pour en arriver là, j’ai pris des risques et j’ai fait des concessions. J’ai pris des décisions. Je choisis ma vie, je ne la subis plus. Et ce n’est pas fini.

J’ai retrouvé un travail en alternance avec ma formation et, contre toute attente, je poursuis encore un peu plus mes études…

C’est certain, j’ai eu la chance d’être entourée par de magnifiques personnes. Certaines ont juste croisé mon chemin, d’autres se sont obstinées à me sauver de la noyade et d’autres encore ont été extrêmement patientes. J’essaie encore de les remercier comme je le dois mais en fin de compte la seule personne à qui je dois tout ça c’est moi.

Rien n’est simple et tout se mérite.

N’ayez pas peur de prendre des décisions. Une fois que vous aurez agit, soyez patient. Quelles qu’en soient les conséquences, l’aboutissement de cette décision vous sera bénéfique.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :